Toronto assiégé

(Photo: Reuters)

Saviez-vous que le G6 a pris forme en 1975 sur l'initiative du Président français. Il réunissait alors les États-Unis, le Japon, la République fédérale d'Allemagne (qui deviendra l'Allemagne après la Chute du Mur de Berlin), le Royaume-Uni, la France et l'Italie.

En 1976, le Canada se joint au groupe. En 1998, la Russie se joint officiellement au groupe. Présentement, six autres pays, l'Espagne, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique, sont pressentis pour être membres de ce club exclusif.

En 2007, le G8 représentait 13,1% de la population mondiale et équivalait à 57,8% de l'économie mondiale.

 

Le G20 n'est pas le G8

Il est très important de ne pas confondre le G8 avec le G20. Alors que le G8 se limite aux plus grandes puissances industrielles, le G20 s'ouvre aux pays émergents et ne réunit pas ces 20 pays sur le seul critère de l'économie. Ainsi, l'Afrique du Sud qui est classée 32e par le Fonds Monétaire International y est présente, alors que l'Espagne, 9e pour son PIB, en est absente.

C'est sur l'initiative du ministre des Finances Paul Martin (futur Premier ministre du Canada) que le G20 a été créé en 1999. Sa création répondait à des critiques de plus en plus fortes concernant la légitimité du G8. En effet, les pays émergents n'y étaient pas représentés. D'autre part, et à juste titre, on reprochait au G8 d'être une réunion de l'Occident. C'est en ce sens que le G20 est plus représentatif que le G8 des relations internationales.

La composition actuelle du G20 est la suivante :

  • 25 % de pays asiatiques (Japon, Chine, Inde, Corée du Sud, Indonésie);
  • 25 % de pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Union européenne);
  • 15 % de pays d'Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Mexique);
  • 10 % de pays d'Amérique du Sud (Brésil, Argentine);
  • 5 % de pays africains (Afrique du Sud);
  • 10 % de pays du Moyen-Orient (Turquie, Arabie saoudite);
  • 10 % d'autres pays (Russie, Australie).

Tandis que la composition du G8 est :

  • 12,5 % de pays asiatiques (Japon);
  • 50 % de pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie);
  • 25 % de pays d'Amérique du Nord (États-Unis, Canada);
  • 0 % de pays d'Amérique du Sud;
  • 0 % de pays africains;
  • 0 % de pays du Moyen-Orient;
  • 12,5 % d'autres pays (Russie).

 

Pour plusieurs, le G20 représente l'avenir dans les relations internationales. Contrairement à l'ONU qui est vicié par les droits de veto de certains pays au Conseil de sécurité, le G20 a l'avantage de mettre sur un pied d'égalité ses pays membres. Bien entendu, certains pays continuent d'exercer une plus grande influence. Cependant, aucun pays n'a de veto dans les décisions. De plus, et nous l'avons déjà mentionné, le G20 est plus représentatif de la population mondiale, ainsi que des puissances dans le monde, tandis que le G8 se limite surtout à l'Occident.

 

Le G8/G20 à Toronto

Le 25-26 juin dernier a eu lieu la 35e rencontre du G8. Les Grands de ce monde se sont réunis au Canada avec d'importants défis, dont la question délicate d'une taxe bancaire. Harper s'est fait grand détracteur de toute taxe à l'endroit du secteur bancaire et a tenu tête aux dirigeants européens, favorables à cette taxe. D'autres enjeux économiques, dont la relance de l'économie internationale, ont été l'objet de cette réunion.

Un autre sujet chaud a été celui de l'aide aux femmes. Harper, une fois de plus, s'est illustrée en refusant catégoriquement que l'aide canadienne puisse être accordée aux femmes voulant avorter. L'idéologie religieuse qui s'est insérée dans le parti doit être critiquée. (Voir Carole Beaulieu de L'actualité http://www.lactualite.com/societe/carole-beaulieu/avoir-honte-muskoka ). L'avortement est légal au Canada, pourquoi ne le devrait-il pas être ailleurs dans le monde? Par ailleurs, une femme qui désire se faire avorter le fera que ce soit légal ou non, qu'elle en ait les moyens ou non. L'avortement au noir est incontestablement dangereux et met en danger les femmes des pays pauvres.

Pour l'observateur du futur, on déplorera probablement l'absence de l'environnement dans les débats.

 

Des manifestations qui dégénèrent

L'événement se voulant une opportunité pour les dirigeants du monde de discuter des problèmes contemporains a aussi été la scène de manifestations, souvent pacifiques, parfois violentes. Au total, quelques 900 personnes ont été interpellées par la police, et quelques centaines (500 selon La Presse) ont été arrêtées. Alors que de nombreuses voix s'élèvent contre cette les forces policières, accusées d'abus de pouvoir, La Presse révèle que le gouvernement ontarien a modifié secrètement une loi pour élargir les pouvoirs des policiers.

L'événement qui était une occasion de confirmer l'image positive du Canada a été ternie par la répression policière et par l'échec [relatif] des discussions.

(PHOTO: JACQUES BOISSINOT, PC)

 

Discussion 

La question se poste : Est-ce que les rencontres des grands de ce monde, sous la forme de G8/G20, sont réellement utiles compte tenu de l'absence de consensus et de décisions, compte tenu des violences et des manifestations? Certains, dont le journaliste Michel C. Auger ( http://www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2010/06/30/129775.shtml ) prônent une certaine patience par rapport à cette organisation encore récente.

Compte tenu des différences entre le G8 et le G20, ne pouvons-nous pas dire que le G8 n'a plus lieu d'être dans un monde qui a besoin de coopération? Le G20 n'est-il pas plus représentatif de notre monde?

Ne serait-il pas plus propice, avec les technologies actuelles, de discuter par d'autres moyens? Certes, on perdrait alors le milieu de travail dans lequel se trouvent les dirigeants de ce monde, et à bien des égards un tel milieu peut être utile pour prendre des décisions.

En supposant que nous gardions la forme actuelle des G8/20, n'est-il pas temps de revoir nos façons d'organiser les rencontres? À chaque G8/20, il y a eu de la violence dans les manfiestations. À chaque fois, les forces de l'ordre sont placées dans des situations délicates et font face à la grogne populaire. Ne serait-il pas plus intéressant de quitter les villes peuplées et d'organiser la rencontre dans un coin gardé secret ou plus difficile d'accès? Par contre, ce faisant, ne risquons-nous pas de porter atteinte à la transparence et à la publicité, des valeurs fondamentales de toute démocratie?

 

Jeunes aujourd'hui, dirigeants demain, exprimez-vous!

 

Robert Liu, Rédacteur en chef pour La Colline.